Le jeu et le chiot


Avant de détailler, nous pouvons nous demander si le jeu est bon pour un chiot, cela lui sert t'il à quelque chose vu qu'il doit apprendre la vie rapidement et devenir un adulte sensé être autonome ?

La réponse est OUI ! Le jeu est bénéfique, nécessaire, voire indispensable.

Cependant, comme pour beaucoup de sujets en éducation canine, tout est question de dosage et certaines fois d'absence totale du comportement (ce que l'on ne fait pas petit, on ne le fait pas adulte). Donc lorsque que l'on parle de jeu, nous penserons systématiquement à la notion de durée et d'intensité.


Nous allons aborder 3 points :




Le chiot qui joue seul


Que ce soit avec un jouet acheté dans le commerce ou avec un jouet "de circonstance" comme un bâton trouvé dehors, le chiot s'occupe. Il fait ce que son cerveau lui commande : découvrir, gouter... jouer. Le jeu est une des bases de certains apprentissages qui permettent au chiot de faire des expériences.

Tout cela commence chez l'éleveur. Cependant, je préférerai que mon éleveur offre un environnement riche et stimulant plutôt que de mettre à disposition un tas de jouets dans la maison. Pourquoi ? Parce que le chiot doit découvrir, sortir, explorer, avoir des interactions mais aussi, beaucoup dormir. Et dans la maison... on se repose. Pas forcement tout le temps (dosage) mais l'apprentissage de l'ennui est impératif et le chien est un dormeur opportuniste, il comblera l'ennui par le sommeil. Et l'on sait que le sommeil est très important dans la construction du chiot. La maison sera alors l'endroit où l'on est plus calme. Cela n’empêche pas non plus d'avoir ses moments de jeu à l'intérieur mais ils doivent être plus calmes.


Je vais surveiller que rien n'est dangereux dans mon environnement et laisser le chiot s'occuper seul.



Le jeu entre chiots


L'intensité :


Elle doit être raisonnable. Jeu trop fort, montée en sur-excitation donc perte des autocontrôles : le chiot ne se maitrise plus. Il va commettre des erreurs de comportements et pire, probablement ne rien apprendre de ce qu'il vient de se passer.

De plus, il faut penser à l'interaction en elle même : y a t'il, un des chiots, peut être plus jeune que l'autre, moins confiant, plus timide (etc...) qui subit le jeu ? L'autre chiot étant peut être plus imposant (gabarit plus grand), plus confiant, plus excité, qui finira par harceler sa "victime". Le plus timide pourrait ne pas réussir à se sortir de ce harcèlement et subir longtemps ce mauvais jeu pour lui. Il ne passera pas un bon moment de jeu mais un calvaire. Le plus confiant, montera probablement en sur-excitation, et sa phase de jeu n'ayant aucune limite, durera trop longtemps avec un niveau d'excitation beaucoup trop élevé.

Les apprentissages ? Négatifs pour les deux. Le timide retiendra peut être qu'il ne veut plus interagir avec CE chien. Pire, ne plus plus interagir avec ce type de chien. Encore pire, généraliser à tous les chiens. Voir même ne plus vouloir revenir à cet endroit, synonyme de mauvais moments. C'est notre rôle de repérer les signes qui montrent un malaise.

Le plus confiant apprendra peut être que ces petits là sont des victimes, un jouet qui bouge et qu’il peut faire tout ce qu'il veut. "C'est génial ! " Il apprend que c'est excitant, qu'il en veut encore plus, de plus en plus souvent, de plus en plus longtemps. Ses premières interactions avec ses congénères sont basées sur de l'excitation, de la sur-excitation et non le partage d'une interaction, la réflexion, l'adaptation, le jeu ou le partage.

Une trop grande répétition de ce genre de moments occasionnera de mauvais apprentissages pour les chiots.



Montée en excitation progressive et rapide. Perte des autocontrôles, impossibilité où difficulté d’arrêt de la séquence du "jeu". La communication ne peut plus être respectée.



La durée :


Comme pour tout comportement, il doit y avoir une phase d’arrêt et de retour au calme. Cela permet au corps de revenir à un état "normal".

On fait une pause et on peut rejouer, pourquoi pas.


Donc, si je met mon chiot avec un autre chiot (ou plusieurs chiots), ce ne sera pas un moment de détente pour moi mais plutôt d'observation et de concentration car je vais peut être devoir intervenir (intervenir ne veut pas forcement dire donner un ordre). Hors, ce que nous préférerions, serait de laisser le chiot vivre ses expériences, réfléchir, apprendre, sans l'intervention systématique de l'humain. Le laisser faire. Mais je dois toujours réfléchir aux apprentissages que fait mon chiot car il est en pleine construction.


Alors comment faire ?


Je gère. Je ne gère pas mon chiot mais les situations dans lesquelles je le met.

Je gère ses rencontres, leur durée et intensité. Je sélectionne les individus que mon chiot va rencontrer. J'observe. J'observe surtout quand les rencontres sont dues au hasard. Si ce n'est pas bon pour mon chiot, je m'en vais avec lui, je ne le laisse pas seul dans cette situation, je l'aide (mon chiot étant dans une situation qu'il essaye tant bien que mal de gérer, il ne peut pas en plus m'écouter. D'où l'apprentissage en éducation canine de comment gérer nos propres comportements). Je gère aussi mon environnement. Un environnement nouveau et/ou stimulant permettra aux chiots d'avoir une autre source d'occupation que de faire des courses poursuites. Et je marche. Je ne reste pas statique. Cela entraine le chiot vers des découvertes, il est occupé et pas focalisé sur son congénère.

L'erreur que l'on commet facilement, est de penser que plus le chiot rencontrera de congénères, plus il s'entendra avec eux. C'est totalement faux. Par contre, des rencontres régulières et agréables avec des chiots et chiens amèneront le chiot à un équilibre et à des apprentissages qui l'aideront toute sa vie dans ses relations intra-specifiques (chiens-chiens). Il apprendra à se comporter et respecter les demandes de ses copains. Il saura communiquer et écouter. Mais attention, comme toujours, l'environnement et la situation jouent un rôle capital.

je joue, j'ai mordillé trop fort, mon copain m'a disputé et il est parti, j'ai perdu le jeu... Je l'accepte et j’apprends que je dois me comporter autrement.


Le jeu entre un chiot et un chien adulte



Je pense de suite au jeu au sol : limite l'excitation par l'absence de mouvements trop brusques et l'absence de courses poursuites par exemple. Les risques de blessures par erreurs ou par trop de brutalité sont quasi inexistants (même si possibles). Le chiot n'apprend pas à "courir après" mais joue et est canalisé par l'adulte. Parfait !

Je laisse faire si mon adulte est équilibré et calme. Et je n'interviens pas pour m’immiscer dans leur moment. Je laisse mon chiot s'adapter, réfléchir, apprendre (surtout apprendre à développer sa communication), partager et profiter.

Le jeu peut aussi être en mouvement. Mais toujours pareil, faire attention à l'excitation, sa durée et son intensité.

Ici, l'avantage est que de part la taille et/ou l'age de l'adulte, le chiot va avoir tendance à se canaliser de lui même. Il aura plus de doutes, de réflexion.

Le jeu apprend beaucoup. Dans les deux vidéos suivantes, vous pourrez observer l'envie, la retenue, le réflexion, la communication, la recherche de stratégies pour obtenir quelque chose (de l'attention ou un objet par exemple), les pauses.

Tout cela fait des expériences et construit le cerveau du chiot.



Ici, l'adulte est le petit Jack Russel. Le chiot est le plus gros ! (golden). Un peu d'excitation que ce duo gère parfaitement. Lorsque je vois que l'excitation monte et ne s’arrête pas, je n'attends pas qu'il soit trop tard. J'anticipe en partant faire un tour. Les chiens ayant toujours leurs autocontrôles, ils me verront et n'auront aucune difficulté à laisser leur jeu et partir faire autre chose. Pour rejouer après, peut être, mais l'excitation sera redescendue.




Partage d'une ressource. Un jeu s'est installé. L'adulte à une ressource. Partage... pas partage... débrouillez vous les jeunes ! Si l'adulte avait voulu protéger sa ressource, il serait parti ou aurait clairement exprimé son désaccord. Ici il y à un mélange de tout avec une ressource non valorisée et l'apprentissage du partage.



Conclusion


Le comportement de vouloir jouer pour un chiot est totalement normal et est nécessaire aux apprentissages que doit faire le chiot et à son équilibre. Mais n'oublions pas que la qualité des rencontres et des environnements de rencontres priment sur la quantité.